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[Fragments] L'évolution des perceptions au cours de l'histoire - La couleur.

Actuellement je suis avec attention une source d'inspiration qui porte sur l'évolution des perceptions au cours de l'histoire : la beauté, les distances, les couleurs, le meurtre sont par exemple des notions qui ont énormément évolué avec le temps et qui prouvent que ce que l'on considère comme acquis peut être vu différemment afin d'offrir de nouvelles expériences de jeu.

Je vais parler des couleurs pour illustrer mon propos : Si nous considérons actuellement les couleurs sous forme de groupes primaires ( jaune, rouge, bleu ) permettant d'obtenir des couleurs secondaires ( orange, violet, vert ), c'est une vision de l'esprit relativement récente. Le bleu, par exemple, est à tel point absent des pratiques et du vocabulaire des peuples de l'antiquité que les Historiens se sont demandé s'ils étaient capables de... voir cette couleur ! Le ciel était donc systématiquement qualifié de “rouge vif”, de “jaune” ou de “blanc”. En réalité, pour l'œil - mettons - d'un Romain, il y a trois couleurs : le rouge, le blanc et le noir déclinées sur une infinité de nuances, le violet n'étant qu'un noir de mauvaise qualité et le vert étant un rouge neutre.

La logique de cette vision est très différente de la notre. Pour commencer, nous savons mélanger les couleurs. Ainsi le jaune et le bleu donnent du vert. Mais la chimie, la transformation des éléments, les mélanges sont finalement des principes que l'on a accepté que très tardivement. Tout simplement parce que le fait de "dénaturer", c'est à dire faire "perdre sa nature", ou "modifier la nature" était vue comme une opération malsaine, voir maléfique. Les couleurs s'obtenaient donc directement, à peine traitées pour teindre les tissus, et les seules personnes qui étaient aptes à le faire étaient les teinturiers. La teinture avait une telle importance que le système chromatique antique s'appuie fondamentalement dessus.

Le blanc et toutes les variations qui y mènent symbolisent ainsi la pureté, le non teint. Le noir est la valeur inverse, et le rouge est l'intensité. C'est à dire qu'un vert très saturé, par exemple, était décrit comme tel et plus proche d'un "rouge" que de la couleur neutre et douce qu'il est censé tenir. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'assemblage de couleurs vert-rouge rappelle certaines périodes médiévales. A l'inverse un rouge pâle et délavé ne sera pas qualifié de "rouge". De fait le vocabulaire de plusieurs peuples antiques comprend des nuances pour chacune de ces trois couleurs que nous européens ne sommes plus capables de distinguer en terme de saturation, de brillance ou d'homogénéité. Cependant c'est un héritage qu'on trouve toujours en Asie, avec un grand nombre de mots pour distinguer un blanc mat d'un blanc brillant.

Je conseille à ceux que l'Histoire et son évolution intéressent de consulter ce très petit mais agréable ouvrage de Michel Pastoureau intitulé "Bleu, histoire d'une couleur", qu'on trouve aux éditions du Seuil.

Note : 2.8/3 pour 4 votes

Commentaires :

1. Le lundi 22 septembre 2008 à 11:15, par Mokona

C'est très intéressant. Il est vraiment difficile de se mettre à la place de nos très lointains ancêtres.

Je pense que le livre va faire partie de ma bibliothèque dans pas trop longtemps.

2. Le mardi 30 septembre 2008 à 10:18, par Ebe

Contente que ça t'intéresse. :)

3. Le lundi 26 avril 2010 à 03:38, par samadu

un des rare blogs froncophones serieux!! felicitation

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